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Honoré Philippe, Les lavandières de Cernex au début du siècle

LES LAVANDIÈRES

C'était un métier très féminin. On disait communément en patois "les boyandires".

Autrefois, nos grand-mères et nos mères se mariaient en achetant un trousseau qu'elles emportaient dans une malle chez leur mari. Naturellement le stock était plus important qu'aujourd'hui. N'ayant pas toujours l'eau courante à la maison, bien souvent la toilette laissait à désirer; les gens changeaient de vêtements moins souvent.

On faisait la lessive environ deux fois par année.

On posait au fond du cuvier des sarments de vigne sur lesquels on versait deux sacs de cendres de bois. Le linge était alors entassé et on mouillait avec de l'eau bouillante, laquelle ayant traversée le linge était récupérée sous un robinet situé au fond de la cuve. Le liquide ainsi obtenu était appelé "lissieu" ; on le réchauffait et on le versait à nouveau sur le linge, et ce, plusieurs fois dans la journée.

Les sarments de vigne avait pour but de filtrer la cendre afin qu'elle ne bouche pas le robinet.

Le lendemain, le cuvier refroidi, on avait convoqué les boyandires dont le travail était de laver et rincer à grande eau le linge au lavoir de la commune. La lessive était amenée au lavoir sur un char où des montagnes de draps et de chemises étaient lessivées avec du savon de Marseille et brossées avec une brosse à risette, rincées et essorées par des torsions à la main puis frappées au battoir. Le bruit du battoir se perdait dans les bavardages des boyandires qui avaient des langues bien aiguisées. Elles passaient au crible tous les habitants de la commune avec leurs qualités et leurs défauts.

Ces braves femmes exerçaient un métier très pénible qui continuait le lendemain. On tendait un cordeau très solide d'une cinquantaine de mètres d'un arbre à un autre dans le pré à côté du lavoir. Les boyandires étendaient des douzaines de draps et de chemises de toile et de petit linge en plein soleil.

Nos mères étaient heureuses le soir de rentrer avec une grande corbeille ovale à deux poignées, leur lessive bien blanche. Cette blancheur était due, paraît-il, au "lissieu" des cendres. Le "lissieu" remplaçait la lessive en poudre.

La dernière corvée était exécutée avec l'aide des voisines. C'était le pliage des draps et des chemises qu'il fallait ranger en piles bien régulières dans les armoires

Ma tante de Chatillon ne voulait pas que les boyandires fassent de son linge "de la charpie" en frottant trop fort avec la brosse à risette. Elle exigeait le foulage du linge avec les mains.

A cette époque le coton n'existait pas; il fallait pour les blessés de guerre de la charpie. Les femmes bénévolement dans les campagnes faisaient avec les doigts et les ongles "le charpi" en démaillant et dévidant les vieilles toiles, en tirant sur les fils. Ce qui imitait et remplaçait le coton hydrophile.

Les lavandières n'exerçaient pas seulement dans les campagnes. En ville aussi il fallait bien laver le linge.

Je me souviens avoir vu sur les bords du canal du Thiou et sur le Vassé, autre canal d'Annecy, les lavandières avec leurs "cabolions" composés d'une caisse à trois pans, avec emplacement pour les genoux où elles avaient soin de mettre un sac de jute pour être plus à l'aise.

Naturellement tout se déroulait dans une très bonne ambiance; quelquefois il y avait des prises de bec. Elles ne refusaient pas une petite rincelette de vin blanc l'hiver.

Elles lavaient le linge pour les familles d'Annecy. Elle transportaient le linge à l'aide d'une brouette ou d'un barrot à deux roues. .

A Genève ceux qui passaient sur le Pont de la Coulevrenière pouvaient apercevoir en contrebas au bord du Rhône un immense bateau-lavoir, aménagé avec un abri, où une troupe grouillante de lavandières travaillait sans relâche et dans la bonne humeur.

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Traité et publié le 4 février 2005 par Michel Weinstoerffer